Dans le premier cas, il semble que son energie se diffuse dans toutes les directions associatives qui en partent et que cette énergie place toute la chaîne de pensées dans un état d'exitation qui persiste d'abord un moment, puis s'éteint, tandis que l'exitation qui cherche à se décharger se transforme en investissement quiescent. Dans ce cas le processus n'a plus d'intérêt pour la formation du rêve. Mais d'autres représentations-but sont aux aguets dans notre préconscient, elles jaillissent de nos désirs inconscients, transféreront sur elle l'énergie propre à ce désir, et dès lors le cours de pensées délaissé ou réprimé pourra se maintenir, bien que ce renforcement ne lui ouvre nullement le droit d'accès à la conscience. Nous pouvons dire que les pensées jusque là préconscientes ont été attirées dans l'inconscient.
Il peut y avoir d'autres constellations préliminaires à la formation du rêve. Le courant de pensée préconscient peut être déjà en relation avec le désir inconscient et avoir été rejeté, à cause de cela, par l'investisement de but qui domine; ou bien un désir inconscient jailli d'autres sources (somatiques par exemple), et à la rencontre duquel rien ne venait, a cherché à se transférer sur des résidus psychiques préconscients qui n'avaient pas encore reçu d'investissement ...
Il naît dans le préconscient une pensée qui, n'ayant pas reçu d'investissement du préconscient, a été investie par des désirs inconscients." Sigmund Freud (1900), L'interprétation des rêves, ch.7, V, in "Le refoulement". and Le Titien (1548), Allégorie de la jalousie.


Nous pouvons nous demander maintenant d'où vient chaque fois, le désir qui se réalise dans le rêve ? ... Mais d'abord à quel contraste ou à quelle diversité appliquons-nous cette question d'origine ? Je pense : au contraste entre la vie diurne devenue consciente et une activité psychique inconsciente qui ne se manifeste que pendant la nuit.
Ce qu'il décrit à propos du lien à l'objet primaire vaut aussi dans la relation au père et doit être mis en lien avec la question du meurtre du père dans le mythe de la horde primitive: dans ce mythe aussi, le père ne "survit" pas ou mal.
L'attente anxieuse n'est certainement pas indifférente quand à l'issue de la maladie; il importerait de savoir avec certitude si elle intervient autant qu'on le dit dans le déclenchement de la maladie, s'il est vrai par exemple qu'au cours d'une épidémie les plus menacés sont ceux qui redoutent d'être atteints. L'état opposé, l'attente croyante et pleine d'espérance, est une force agissante avec laquelle nous devons compter, en toute rigueur, dans toutes nos tentatives de traitement et de guérison. On ne pourrait expliquer, sinon, les particularités des effets observables des médicaments et des interventions thérapeutiques ... Les médecins ont de tout temps pratiqué le traitement psychique et jadis encore bien plus qu'aujourd'hui. Si par traitement psychique, on entend la tentative d'éveiller chez le malade des états et des conditions psychiques propres à favoriser sa guérison, alors ce type de traitement médical est historiquement le plus ancien ... A présent nous commençons également à comprendre la magie du "mot". Les mots sont bien les instruments les plus importants qu'une personne cherche à exercer sur une autre."
C'est pourquoi derrière le foisonnement déconcertant des règles de parenté, des totems ou des mythes, derrière l'apparent tohu-bohu des échanges économiques et des créations artistiques, il s'est consacré à découvrir, plus qu'une partition unique et isolée, certaines des structures qui les engendrent, indépendamment de la volonté des acteurs et de leurs conscience .... Cette démarche s'attacha d'abord à la parenté. Claude Levi-Strauss abandonna leur face visible pour en dégager les "Structures Elémentaires". Elle se focalisa ensuite sur le totem, dont il éclaira l'enigme. Elle se fixa longuement sur la mythologie dont quatre volumes monumentaux de 1946 à 1971, scrutèrent les transformations et le fonctionnement propre, indépendant des décisions individuelles, des langues, des peuples, voire des lieux et des temps. Ce souci des structures, des combinatoires, des codes de transformation, le rapproche des mathématiciens. Il le rattache aussi à la lignée des philosophes de Platon à Kant, qui ont reconnu la place centrale des processus formels. Enfin là se trouve le coeur de l'oeuvre et ce qu'elle a, à sa manière, de vertigineux. Car dans l'analyse de ces milliers de mythes qui "se pensent entre eux", se répondent sans se connaître, se combinent sans que personne ne l'ait décidé, on voit se dessiner des procédures mentales universelles." 
Ce livre est un voyage. À travers l’espace et le temps. A travers la lumière et les ombres. À la rencontre d’une révolution scientifique toujours plus riche, toujours en devenir. À la rencontre aussi de la longue nuit de notre histoire, où la science légitimera la négation de la vie et de la dignité de tant d’êtres humains. Un voyage à travers la mémoire et l’oubli. A la recherche de l’empreinte en nous de ce qui a disparu, de ceux qui ont disparu. Nous sommes faits de ce qui a donné naissance à l’ « infinité des formes les plus belles et les plus merveilleuses ». Aux bactéries et aux fleurs, aux oiseaux et aux arbres. Et pourtant nous sommes autre. Nous sommes faits de l’histoire des cultures humaines. Et pourtant nous sommes autre. Toujours nouveau. Ce livre est une plongée dans le récit tumultueux de nos origines. Non pour nous y enfermer. Mais pour y découvrir cet émerveillement «d’arriver à l’endroit d’où nous sommes partis et de connaître le lieu pour la première fois». Et retisser, chaque jour, les liens qui fondent notre commune humanité. Dans le respect de l’extraordinaire vulnérabilité de ceux qui nous ont fait naître, de ceux qui nous entourent, et de ceux qui nous survivront."
Au milieu du trouble que me causait une grave inquiètude, il m'est arrivé, par exemple, d'oublier de me servir du téléphone récemment installé dans ma maison. La voie nouvellement tracée s'était éffacée du fait de l'état affectif. Le frayage, c'est à dire la voie ancienne, reprend la première place. De semblables oublis impliquent une perte de pouvoir de sélection, d'efficacité et de logique, tout à fait comme dans les rêves. En second lieu, s'il n'y avait pas d'oubli, des voies que l'on aurait sans cela évitées, seraient suivies, en particulier celles qui aboutissent à une décharge comme, par exemple, les actes accomplis sous l'empire de quelque émotion. Bref, la réaction affective rappelle un processus primaire non entravé. Nous pouvons en tirer certaines conclusions.
"Il peut paraître paradoxal de dire que l'association libre et l'écriture élaborée renvoient au même fond. Et c'est cela qui choque. Sans doute n'y a-t-il pas d'écrivain qui, à travers ses recherches formelles, ne vise à atteindre cet ordre de réalité qui n'est pas du langage. Mais certains écrivains sont, plus que d'autres, hantés par ce qui se passe sur la scène du psychisme, parce qu'il existe chez eux une perméabilité de l'inconscient au préconscient. Quand bien même ils méconnaîtraient l'existence de l'inconscient, ils savent bien qu'il se passe en eux des phénomènes qui viennent d'on ne sait où et qui les visitent de l'intérieur. Tout écrivain, comme d'ailleurs n'importe qui, a son idée de ce qui le hante et se donne des raisons pour l'expliquer. Mais certains d'entre eux subissent cette pression de l'intérieur de manière plus contraignante" 
